Supprimer la viande et le poisson sans ajuster le reste de l’assiette expose à trois carences documentées : la vitamine B12, le fer et, dans une moindre mesure, les oméga 3 à longue chaîne. Le risque n’est pourtant pas une fatalité. Un régime végétarien correctement construit, avec des associations précises entre céréales et légumineuses et une supplémentation ciblée en B12, couvre les besoins nutritionnels de l’adulte selon les repères nutritionnels publiés par l’ANSES.
Vitamine B12 : la seule carence inévitable sans supplément
Aucun aliment végétal ne fournit de vitamine B12 sous forme active en quantité suffisante. Les algues parfois citées (spiruline, nori) contiennent surtout des analogues inactifs qui peuvent même fausser un dosage sanguin. La supplémentation reste donc indispensable pour toute personne qui exclut viande, poisson et fruits de mer.
L’apport recommandé est de 4 µg par jour chez l’adulte (référence ANSES, 2021). Un comprimé de cyanocobalamine dosé à 10 µg, pris quotidiennement, ou une ampoule de 1 000 µg une fois par semaine, suffit à maintenir un taux sérique normal. Franchement, c’est le point le plus simple à régler et pourtant le plus souvent négligé.
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Fer et zinc : absorbés différemment selon la source
Le fer non héminique des végétaux (lentilles, pois chiches, épinards) est moins bien absorbé que le fer héminique de la viande rouge. Le taux d’absorption passe de 15 à 25 % pour le fer animal à 2 à 5 % pour le fer végétal, selon les données du Programme national nutrition santé.
La parade est connue : associer une source de vitamine C au repas. Un filet de citron sur un plat de lentilles bien cuites multiplie l’absorption du fer par deux à trois. À l’inverse, le thé et le café pris pendant le repas la freinent. Le zinc suit la même logique. Le trempage et la germination des légumineuses réduisent leur teneur en phytates, ces composés qui piègent le zinc et le fer dans le tube digestif.
Oméga 3 à longue chaîne : le maillon souvent oublié
Les graines de lin, les noix et l’huile de colza fournissent de l’ALA, un oméga 3 végétal. Le corps doit ensuite le convertir en EPA puis en DHA, les formes actives. Le rendement de cette conversion est faible : sur 10 g d’ALA ingérés, environ 0,5 g se transforment en EPA et moins de 0,1 g en DHA. Autrement dit, il faut une consommation régulière et généreuse de ces sources végétales d’oméga 3 pour couvrir le minimum. Une supplémentation en DHA issu de microalgues constitue une alternative fiable pour les personnes qui ne consomment ni poisson ni œufs enrichis.
Végétalien ou végétarien : le niveau de risque diffère
Le régime végétarien qui conserve œufs et produits laitiers dispose de sources animales pour la B12, le calcium et la vitamine D. Le régime végétalien, lui, supprime ces filets de sécurité. Le calcium doit alors venir des choux, du brocoli et des eaux minérales calciques. La vitamine D repose sur l’exposition solaire et, en France métropolitaine entre octobre et mars, sur un supplément.
Chez l’enfant en croissance, les besoins proportionnels au poids sont plus élevés. La Société française de pédiatrie recommande un suivi médical renforcé lorsqu’un régime végétalien est adopté avant l’âge de trois ans.
Les signes d’alerte à surveiller sont la fatigue persistante, les fourmillements dans les extrémités (possible déficit en B12), la pâleur des muqueuses (fer), et les ongles cassants. Un bilan sanguin annuel incluant ferritine, B12 et vitamine D permet de repérer un déficit avant qu’il ne devienne symptomatique. La bonne complémentarité entre céréales et légumineuses règle la question des protéines, mais ne dispense pas de cette surveillance sur les micronutriments.
Léa Fontaine est journaliste conso et bien-être. Ancienne testeuse de produits, elle décrypte les étiquettes, traque les fausses promesses et partage des astuces simples pour mieux manger, mieux consommer et prendre soin de soi au quotidien, sans dogmatisme.
Sources
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